
Varèse à un jeune âge
Edgar Varèse (Paris, 1883 - New York, 1965)
Edgard Varèse est un compositeur qui, autant dans ses pièces instrumentales qu'électroacoustiques, étudie les oppositions sonores à plusieurs niveaux dont la fréquence, le timbre, le volume et la répartition temporelle pour ne nommer que ceux-là. C'est cette opposition inhérente à ses compositions qui donne un sens à son oeuvre qui, sans ce paramètre, aurait très bien pu passer inaperçue, comme l'oeuvre de dizaines d'autres compositeurs "modernes" de son époque. Notons quelques pièces importantes de son répertoire pour instruments: "Hyperprism" (1921), "Amériques" (1922), "Octandre" (1923) et "Ionisation" (1931). À l'intérieur de ces 4 pièces instrumentales, nous pouvons très aisément déceler les germes du processus compositionel qui sera plus tard appliqué à l'électroacoustique en général. Ainsi, dans les compositions intrumentales de Varèse, le son en tant que tel est considéré comme un objet à part entière, à l'extérieur des règles de la musique dite traditionnelle. Il est toujours à la recherche de sonorités particulières, jamais entendues du public. Ses oeuvres électroacoustiques se limitent à deux: "Déserts" (1954) et "Poème électronique" (1958), toutes deux composées vers la fin de sa vie. Bien que "Déserts" ne soit pas une pièce électroacoustique pure puisqu'elle utilise des instruments à vent et des percussions en plus de la musique sur bande, elle se rapproche, au niveau de sa composition, beaucoup plus de l'électroacoustique que de la musique instrumentale.
Tout au long de sa carrière, Varèse a essayé de
pousser à ses limites la conception de "son organisé",
que ce soit à l'aide d'instruments acoustiques (conventionnels
ou non) ou, beaucoup plus tard dans sa vie, de procédés
purement électroacoustiques. Il n'est jamais arrivé
à un niveau acceptable, selon lui, d'organisation sonore avec
des instrumentistes et continuait en vain de s'y acharner. Pour la
première fois en 1957, il lui est possible d'appliquer
totalement ce processus puisque la technique pour le faire s'offre
maintenant à lui. Son désir d'organisation du sonore
couplé avec les avancements techniques de l'époque
donneront naissance à sa deuxième pièce pour
bande, sa première pour bande seule: "Poème
Électronique".
Photo prise lors de la
présentation de l'oeuvre
Poème électronique (1958)
Oeuvre charnière du répertoire électroacoustique, "Poème électronique" fut créé de 1957 à 1958 dans les laboratoires Philips à Eindhoven aux Pays-Bas (grâce à une commande de LeCorbusier), dans le but d'être présentée à l'exposition universelle de Bruxelles de 1958, à l'intérieur du pavillon Philips (dont l'architecture était de Xénakis). L'oeuvre complète est considérée comme étant la première aventure multi médiatique car elle comprenait l'élaboration de l'architecture du pavillon (à laquelle étaient fixés plus ou moins 400 haut-parleurs pour la diffusion de la pièce), la projection d'un film, des jeux de lumières et de la musique. Toute ces différentes parties ont été présentées simultanément en boucle continue pendant plusieurs semaines. Notons que la boucle musicale de "Poème électronique" était entrecoupée, à toute les huit minutes, de la pièce "Concret PH" de Xénakis. Encore aujourd'hui il serait presque impensable d'organiser un évènement de cette ampleur (400 haut-parleurs!), pourtant ces visionnaires y sont arrivé avec seulement un mois de retard sur l'échéancier prévu.
"Poème électronique" a été écrite
au départ pour être joué dans un environnement
sonore comparable à ce que l'on apelle maintenant du 3D (trois
pistes qui étaient préalablement synchronisées
étaient diffusées sur 400 haut-parleurs, répartis
sur tout les murs, à l'aide de 10 amplificateurs). Les
mouvements sonores devenaient soudainement libres dans l'espace, ils
n'étaient plus confinés à une configuration
à deux haut-parleurs où les mouvements sont très
limités. La version stéréo à laquelle
nous avons accès aujourd'hui n'est certainement pas comparable
à l'expérience complète du pavillon Philips, mais
nous prouve néamoins que Varèse a mérité sa
place parmis les plus grands. Que ce soit à cause du jeu
d'opposition entre les différents objets sonores (opposition qui
est à la base même de la pièce) ou bien la forme de
la composition qui a été comparée par plusieurs
à un rondo (que je ne peux confirmer ou infirmer dû
à mon manque de connaissances traditionelles), "Poème
électronique" reste, encore aujourd'hui, une écoute
essentielle pour tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu
à la musique électroacoustique et son histoire.

Le pavillon Philips à
Bruxelles